Izudin Yusuf : Capturer l'âme des comores à travers l'objectif

Izudin Yusuf : Capturer l'âme des comores à travers l'objectif

Dans l'univers foisonnant de la photographie contemporaine, Izudin Yusuf émerge comme une voix distincte et puissante. Né en 1997 dans l'archipel des Comores, cet artiste photographe a su tisser, à travers son objectif, un récit visuel captivant qui explore et célèbre les imaginaires comoriens. Sa démarche artistique, profondément ancrée dans son héritage et ses expériences personnelles, le conduit à Marseille, un carrefour de cultures et de récits où il vit et travaille, enrichissant ainsi son art de nouvelles perspectives.

Le travail d'Izudin se distingue par son choix du portrait comme moyen d'expression privilégié. À travers ce genre, il ne se contente pas de capturer des visages ou des moments ; il cherche à questionner et à déconstruire les représentations dominantes. Son œuvre est une invitation à plonger dans les profondeurs des identités, explorant avec finesse les nuances de classe et de genre, tout en mettant en lumière les dynamiques intergénérationnelles qui façonnent les individus et les communautés.

Ce qui rend la démarche d'Izudin particulièrement fascinante, c'est sa capacité à mêler l'intime et le social, le personnel et le collectif. Ses photographies sont des fenêtres ouvertes sur des histoires individuelles, mais elles résonnent également avec des thèmes universels, tels que la quête d'identité, la transmission intergénérationnelle et la lutte contre les stéréotypes. En capturant l'essence de ses sujets, Izudin nous offre un miroir dans lequel se reflètent nos propres interrogations et nos propres luttes.

Dans cette interview, Izudin Yusuf nous invite à un voyage à travers son univers artistique. Il partage avec nous les sources d'inspiration qui nourrissent son travail, les défis qu'il rencontre dans sa quête créative et les aspirations qui le guident. À travers ses mots, nous découvrons un artiste engagé, un observateur attentif de son époque, et un conteur visuel dont les images sont autant de ponts jetés entre les cultures, les générations et les individus.

1. Au-delà des tes origines, qu’est-ce qui t’inspires tant aux Comores et comment cette fascination se reflète-t-elle dans ton expression artistique ?

Je pense que ce qui m’inspire aux Comores c’est avant tout les individus et leurs histoires qui me sont intimement liées. Je passe beaucoup de temps à discuter, échanger avec différentes personnes, pêcheurs, agriculteurs religieux, il y a une trop belle énergie. Des fois juste passer la matinée avec mon oncle agriculteur ou avec ma grand-mère me donne de l’inspiration. D’ailleurs on le voit dans mon travail que ça soit à Marseille ou aux Comores ce sont des gens de ma famille où des amis c’est très rarement des inconnus. J’ai toujours un minimum de lien avec les personnes que je photographie.



2. Quand tu as commencé la photographie, avais-tu déjà l’idée de déconstruire cette notion de classe et comment cela a évolué au fil de ton parcours artistique ?

Oui c’était dans un coin de ma tête parce que je lisais beaucoup d’anthropologie, de sociologie et d’histoire je me suis même inscrit à la fac pour suivre des cours. Mais je savais pas comment lié ça à la photo donc au début je faisais de la photo sans mettre de « sens ». Mais petit à petit je me suis remis en question. Pendant le confinement en 2020 je me suis construit une culture photographique solide avec des références comme Diane Arbus, Marry Ellen Mark, Carrie Mae Weems, Dawoud Bey ou encore Deana Lawson. Je me suis plus concentré sur leurs discours sur leurs visons de la photographie pour ensuite construire la mienne.

3. Qu’est-ce qui t’inspire particulièrement dans les portraits ? Comment utilises-tu ce genre pour explorer les questions liées à l’édification de classe, de genre et d’identité ?

Je trouve que les portraits c’est  quand même très « intime » j’aime l’atmosphère entre moi et le sujet jusqu’à trouver le déclic. Même si j’ai une vision, on construit l’image ensemble, maintenant j’échange beaucoup quand je prends une photo inconsciemment les sujets révèlent un peu leurs personnalités c’est très social. j’utilise un appareil au format carré d’ailleurs ça me permet de me concentrer sur la personne sans les artifices, j’aime aussi montrer l’environnement dans lesquels les sujets sont photographiés c’est important ça permet de construire un imaginaire, celui qui regarde la photo est directement dans le vif du sujet.



5. Comment décrirais-tu l’impact de ta collaboration avec la marque Égéries des Cités sur ton approche artistique ?

Mon approche artistique reste la même pour mon travail personnel. Ce que cette collaboration m’a apporté c’est le souci du détail la mode c’est très exigeant. Lorsque je prenais des photos pour mon travail personnel je voyais un ensemble tout ne devait pas être « parfait ».  Dans la mode c’est différent il faut avant tout mettre en valeur des vêtements et des modèles tout en  répondant à une direction Artistique c’est un gros travaille d’équipe ou la communication est primordiale. J’ai vu que j’avais encore des grosses marges de progression ça m’a vraiment poussé à approfondir ma technique, moi qui est plus dans la photo d’art et documentaire c’est un défi de réussir à matcher tout ça.

6. D’où tire-tu cette sensibilité envers la dimension sociale dans ton travail photographique? Est-ce que cela trouve ses racines dans ton vécu personnel?

Tout ce que je fais en photo a un lien avec mon vécu personnel c’est devenu  un peu comme une introspection. Je pense que le 1er déclic c’est mon père, depuis petit il me parlait de politique, chaque soir à 20h on regardait le journal télévisé, je trouvais ça fascinant. Le rap aussi particulièrement avec Youssoupha et Disiz la peste j’essayais de comprendre toutes leurs références. Ensuite plus tard c’est la sociologie et la découverte de Bourdieu qui a littéralement changé ma vision et permis de décrypter et comprendre certains mécanismes qui pour moi étaient invisibles.



7. Ton art est animé par un certain engagement. Envisages-tu de t’impliquer dans d’autres causes spécifiques ?

Je trouve que pour l’instant même si mon art est animé par un engagement c’est insuffisant, je ne suis pas dans une association, ou je n’ai  pas encore fait encore de choses qui rassemblent des gens hors réseau sociaux. Donc je pense plus à approfondir ce que je fais pour faire des actions plus concrètes. C’est que le début.



8. As-tu des projets futurs que tu peux nous teaser ?

En 2024 j’aimerais faire une exposition photo à Marseille en réunissant aussi des chercheurs qui pourraient animer des conférences en parallèle de l’événement.

Son Instagram : 

@izudinyusuf

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